Quelle protection contre les lobbies ?

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La récente démission du Ministre de l’écologie Nicolas Hulot a remis une nouvelle fois le doigt sur la puissance des lobbies qui agissent pour leurs intérêts économiques, y compris s’ils vont à l’encontre de la santé des populations.  Un problème fréquent et connu dans le domaine de l’écologie et des médicaments. Une problématique que l’on retrouve de façon similaire avec l’allaitement.

 

Qu’est-ce qu’un Lobby ?

« Le mot lobby est employé en Europe pour désigner les groupes d’intérêts eux-mêmes. Ces groupes interviennent aussi dans les espaces étroitement liés aux médias afin d’influencer les journalistes, dans les milieux de la recherche afin d’influencer les chercheurs et auprès des pouvoirs publics afin d’y faire entendre leurs revendications ou de les influencer par divers moyens. »

 (Définition Wikipédia Partie 1)

 

Quel lien avec l’allaitement ?

Le marché du lait représente un marché énorme. La filière laitière française en 2015 a réalisé un chiffre d’affaires de 30 milliards d’euros.

Les préparations lactées pour nourrisson (PPN) ; autrement dit : le lait en poudre pour les bébés représentait, rien que pour la France, une production de 581 800 tonnes.

La France compte 5 des 25 plus gros groupes mondiaux de la filière dont le numéro 1, Lactalis, ainsi que Danone, Sodiaal, Savencia, et Bel.

Depuis 1975, les plus gros fabricants de poudre de lait pour bébés ont créé des groupements : le Conseil International des Fabricants d’Aliments pour Nourrissons, ICIFI. (Cow and Gate, Nestlé, Wyeth, Dumex, Meiji, Morinaga, Snow Brand, Wakado) remplacé ensuite par L’association Infant Food Manufacturers (IFM).

À côté de ces lobbies, les associations de promotion et de soutien à l’allaitement n’ont un poids que très réduit et les campagnes de soutien à l’allaitement sont rares en France.

Tout le monde a vu ou entendu le célèbre slogan « les produits laitiers sont nos amis pour la vie » mais qui peut citer une campagne française en faveur de l’allaitement ?

Qui se souvient du très complet rapport du professeur Turck en 2010 ?

 

Existe-il un lobby pro-allaitement ?

Le lobby pro allaitement français est assez réduit et dispose de peu de moyens.

– Des associations ou groupements d’associations majoritairement bénévoles (La Leche League, la Co-fam, etc…). Ces associations dépendent entièrement des cotisations de leurs membres et éventuellement de quelques maigres subventions.

– Des scientifiques, des médecins et des soignants. Ils publient des articles scientifiques, des livres, dispensent des formations et des conférences…malheureusement tout cela est très peu diffusé dans les médias de grande écoute.

– Des petites sociétés ou industriels qui sont pour la plupart des PME ou même des TPE. J’inclue ici les sociétés qui commercialisent des tire-lait et des accessoires d’allaitement. Dans ce domaine, les multi nationales sont rares et d’échelle modeste.

Si l’on s’en tient à la première partie de la définition d’un lobby ci-dessus, on peut effectivement dire qu’il existe un lobby « pro-allaitement » qui fait entendre ses revendications par divers moyens :

Des émissions comme « La maison des maternelles » sur France 5, ou des magazines tel que « parents » ou « family » vont parfois inviter certains de ces acteurs « pro-allaitement » pour leur donner la parole.

Des sites et des blogs se créent régulièrement sur internet. Ils sont alimentés par des simples mamans, des bénévoles, des professionnels de la petite enfance ou des sociétés commerciales en lien avec l’allaitement ou la parentalité. Des sociétés tels que Medela financent des équipes de chercheurs dans le domaine de l’allaitement, prêtent ou donnent du matériel.

Mais tout cela reste à une échelle très limitée et avec des moyens infimes comparés au lobby de la filière laitière.

 

« D’un point de vue plus traditionnel, on préfère qualifier les lobbies de « groupes d’influence », de « groupes d’intérêt » ou encore de « groupes de pression » ; la notion de « lobbies » suppose que le groupe de défense d’intérêts organise sa représentation et son action auprès des décideurs politiques. »

(Définition Wikipédia Partie 2)

 

Si l’on regarde le « lobby pro-allaitement » français au travers de cette seconde partie de la définition, on s’aperçoit que parler de « lobby pro-allaitement » n’a pas vraiment de sens. Il n’y a pas d’organisation de sa représentation et de son action auprès des décideurs politiques.

Peut-être une des raisons qui explique que le rapport du professeur Turck n’ait eu aucun impact politique ?

À l’échelle internationale, on peut compter sur l’OMS, l’UNICEF, l’IBFAM ou la WABA.

 

Quelle protection ?

La France n’est pas vraiment protégée contre le lobbying et c’est un système très opaque qui gagnerait à être encadré quel que soit le domaine : dans le domaine de l’écologie (ex : Glyphosate ; Monsanto), dans le domaine de la santé (ex : médiator ; laboratoire Servier).

Cependant, c’est une problématique mondiale et d’autres pays sont plus sensibles à ce sujet.

Par exemple, INFACT (Infant Formula Action Coalition) aux USA lance le boycott de Nestlé en 1977. Celui-ci se répend ensuite en Australie, au Canada et en Nouvelle-Zélan. Puis plus tard au Royaume-Uni, en Suède, en Allemagne de l’Est, en Finlande et en Norvège.

En 1979, six groupes militants forment l’IBFAN, International Baby Food Action Network (Groupe International d’Action pour l’Alimentation Infantile).

Petit à petit, il y a une prise de conscience au niveau mondial. La publicité et la désinformation financé par les firmes qui produisent du lait pour nourrisson nuisent à l’allaitement maternel.

La législation dans ce domaine s’organise sous l’impulsion d’ONG et d’associations. Leur but est de  protéger les usagers contre les pratiques commerciales agressives, la désinformation, l’influence sur le personnel médical et le don gratuit d’échantillons.

En 1981, l’OMS adopte le Code international de commercialisation des substitues du lait maternel, il sera ensuite reconnu par la 34ème Assemblée Mondiale de la Santé avec la Résolution WHA.34.22.

La France fait partie des 118 nations qui votent cette résolution. Ces pays, dont la France, se sont donc engagés à inscrire dans leurs lois les recommandations du code.

Il faudra cependant attendre 1994 pour que la France traduise dans ces textes une partie seulement des recommandations du code :

– « l’emploi des termes « humanisé », « maternisé » ou de termes similaires est interdit ».

– « l’étiquetage des préparations pour nourrissons ne peut comporter aucune représentation de nourrisson ni d’autres représentations ou textes de nature à idéaliser l’utilisation du produit »

– « une mention relative à la supériorité de l’allaitement au sein » doit figurer sur l’étiquette, « précédée des termes « Avis important » »

– « la publicité … ne doit contenir que des informations de nature scientifique et factuelle ».

Loi n° 94-442, d’après la directive communautaire du 14 mai 1994 :

  • Article L.121-51 : « La publicité en faveur des préparations pour nourrissons n’est autorisée que dans la presse écrite destinée aux professions de santé. »
  • Article L.121-52, deuxième alinéa : « Il est … interdit aux fabricants et aux distributeurs de fournir au public à titre gratuit des préparations pour nourrissons, des échantillons de ces produits ou tout autre cadeau promotionnel, que ce soit directement ou indirectement par l’intermédiaire des services de santé ou de leur agent. » Les dérogations exceptionnelles faites à ces articles sont fixées par le conseil d’état.
  • Article L.121-53 : Seul les « œuvres ou organismes d’intérêt général ayant un caractère philanthropique, social ou humanitaire » pourront distribuer des préparations pour nourrissons gratuitement ». Les établissements assurant des accouchements ne pourront plus recevoir gratuitement de préparations pour nourrissons à partir du 8 février 1996.

Enfin « toute documentation à but d’information ou d’éducation, tant écrite qu’audiovisuelle, portant sur l’alimentation des nourrissons » doit obligatoirement être accompagnée de mentions spécifiques en faveur de l’allaitement.

Petit test :

Observez la salle d’attente et le cabinet de votre pédiatre ou de votre sage-femme : la décoration, les posters, les accessoires… Est-ce que les commerciaux des labos de lait ont une porte ouverte chez votre praticien ? Guigoz, Gallia, blédina, modilac… s’affichent t-ils sur les murs ?

 

Frise chronologique des actions de protection

 

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