Le tire lait, regard sociétal

Devant l’augmentation des remboursements de location de tire-lait, la Sécurité sociale a décidé de faire des économies sur ce poste de dépenses.

Pourtant sur le terrain, les mères sont de plus en plus nombreuses à utiliser un tire-lait au cours de leur allaitement voir tout au long de leur allaitement. Elles plébiscitent cette chance française de pouvoir louer un tire-lait de qualité hospitalière. En effet, ce type de modèle est très coûteux à l’achat.

J’observe sur le terrain que de plus en plus de mères louent des tire-lait sur prescriptions. Lors de la dernière réunion de mères que j’ai organisé dans le cadre de mes activités bénévoles, sur 10 participantes, 9 utilisaient un tire-lait de location. La dixième, enceinte, souhaitait en utiliser un dans le futur.

Cet engouement pour le tire-lait m’interpelle : L’allaitement devrait être un acte complètement naturel qui ne demande rien d’autre qu’une mère et un bébé en bonne santé !

La facilité pourrait laisser croire que l’augmentation des locations de tire lait est tout simplement liée à une augmentation du nombre de femmes qui allaitent ? Or ce n’est pas vraiment le cas :

Depuis les années 70, les taux d’initiation à l’allaitement en France ont régulièrement augmenté pour atteindre, en 2011, le meilleur taux de 69% (étude ELFE) ….

Mais depuis les chiffres semblent stagner et sont même en légère baisse : Les enquêtes nationales périnatales (ENP) montrent que le taux d’initiation d’allaitement à la maternité est passé de 68,7 % en 2010 à 66,7 % en 2016.

Mais alors pourquoi la prescription de location de tire-lait se développe-t-elle autant ?

Le tire lait peut être très utile dans diverses situations d’allaitement. Il peut faire partie d’une stratégie thérapeutique en cas de difficultés d’allaitement. C’est parce qu’ils sont une aide précieuse dans des situations pathologiques ou dans ces circonstances médicales particulières que l’assurance maladie rembourse la location d’un tire-lait hospitalier.

Mais il y a aussi beaucoup de mères qui louent des tire-lait pour des raisons autres que strictement médicales alors que leur allaitement est tout à fait physiologique. Certaines rencontrent des difficultés transitoires qui pourraient être dépassées sans utiliser de tire-lait, si elles avaient les bonnes informations au bon moment.

Alors aujourd’hui et après 6 ans d’expérience auprès des mères utilisatrices de tire-lait, je m’interroge : Le tire lait serait-il en train de devenir un phénomène de société ? Comment tant de mères sont amenées à louer un tire-lait en dehors de réelles causes médicales ?

Chaque femme met dans la location d’un tire-lait un acte très personnel mais nos choix ne sont qu’en apparence « personnels ». La psychologie, l’ethnologie, la sociologie, les sciences sociales dans leur ensemble démontrent à quel point les « choix personnels » ne sont pas des choix. Ils sont largement influencés par le groupe, la société, la culture dans lesquels on vit : « le choix » de louer un tire-lait n’y échappe pas !

Ce choix est influencé par beaucoup de faits sociaux que je souhaite aborder ici.

Le manque de transmission entre femmes

L’allaitement est un acte physiologique mais aussi culturel. Allaiter un enfant n’est pas totalement inné : c’est un acte en partie acquis. Il se transmet de femme à femme dans toutes les cultures.

Allaitement : Comportement inné ou acquis ?

Dans les années 70, moins de 40% des femmes initiaient un allaitement à la maternité. Plusieurs générations de femmes n’ont donc en majorité pas allaité ou très peu. Elles ont élevé leurs bébés dans une société ou le biberon était la norme. Celles qui ont malgré tout essayé d’allaiter ont reçu des conseils bien souvent inadaptés. Elles sont donc actuellement dans l’incapacité de transmettre leur « savoir » d’allaitement aux générations suivantes.

Les mères d’aujourd’hui n’apprennent plus à allaiter avec les femmes de leur entourage mais avec des professionnels de santé.

Le manque de formation des professionnels…

Les professionnels sont devenus pour les mères LA référence pour transmettre les connaissances en allaitement.

La Sécurité sociale rembourse des cours de préparation à la naissance, un entretien avec une sage-femme lors du 4e mois, des visites en post partum à domicile. La France dispose d’un large de réseau de maisons de la solidarité (anciennement PMI) ou les mères peuvent consulter des professionnels… Autant d’occasions pour les mères de rencontrer des professionnels censés transmettre les connaissances au sujet de l’allaitement et les aider en cas de difficultés.

Sages-femmes, puéricultrices, pédiatres, directrices de crèches, infirmières, auxiliaires de puériculture, etc… De nombreuses professions sont amenées à conseiller les mères dans leur parcours d’allaitement.

Mais tous n’ont pas la même formation en allaitement… quand ils ont une formation en allaitement !

Le rapport du Pr Turck (2010) faisait déjà état de la nécessité de former les professionnels français.

Il constatait de grandes disparités selon les écoles de sages-femmes et de puéricultrices ; Un nombre d’heures très succinct chez les auxiliaires de puéricultures ; 1 à 2h seulement de cours théoriques pour les gynécologues ; de vagues notions pour les généralistes pour qui l’allaitement est inclus avec la nutrition au sens large. Quant aux infirmiers, ils n’ont aucune formation dans le domaine.

Le rapport du Pr Turck recommande aussi la formation des pharmaciens, nutritionnistes, assistantes sociales et toutes personnes susceptibles de conseiller la mère sur son allaitement. Malheureusement ces formations complémentaires que sont le DIULHAM et la certification IBCLC restent encore très minoritaires et les recommandations du rapport TURCK ne sont toujours pas appliquées. Le rapport de la WBTI 2017 en fait le même constat.

Le label IHAB, qui assure que l’ensemble des équipes ont été un minimum formées à l’allaitement, concerne  33 services en France…soit seulement 6% des naissances en France en 2017.

Tout de même, devant les nombreuses études mettant en avant les « bénéfices du lait maternel », les professionnels de santé, soucieux de la santé des bébés et de leurs mères, souhaitent aider les mères à allaiter.

Face aux difficultés que les mères leur témoignent, les professionnels bienveillants essaient tant bien que mal d’aider avec le peu de connaissances dont ils disposent. Aider une mère en difficulté demande également du temps : une consultation d’allaitement complète demande au minimum 1h.

La prescription d’un tire-lait devient alors une « solution de facilité », une alternative au sevrage et au complément de lait en poudre. C’est une façon de répondre au désir d’allaiter de la mère sans pour autant réellement comprendre les origines de ses difficultés. C’est un bon moyen de se donner le sentiment de privilégier le lait maternel.

La prescription d’un tire-lait est un acte rapide. Bien plus rapide que d’apprendre à une mère comment exprimer son lait manuellement. Crevasses, pertes de poids du bébé, sensation de « manquer » de lait, engorgements, nuit difficiles, bébé très demandeur, bébé qui s’énerve au sein, tétées « trop » fréquentes… le tire-lait est une réponse facile.

Le professionnel  se retrouve alors dans une situation qu’il maitrise : un enfant nourri avec des biberons et des quantités de lait connues. Demander à une mère de tirer son lait est un moyen pour un professionnel peu formé en allaitement de garder le contrôle de la situation et de se sentir efficace. Un sentiment parfois d’ailleurs partagé par les mères.

Les sorties précoces

Les séjours en maternités tendent à se raccourcir et des dispositifs tel que le Prado font que les mères ont leur montée de lait à domicile. Les sages-femmes chargées d’assurer le suivi à domicile ont besoin d’accompagner les mères dans cette période sensible. La plupart des services de maternité disposent de tire-lait qu’ils prêtent aux mères en fonction des besoins. A domicile la sage-femme libérale n’a guère d’autre option que la prescription d’un tire lait. Elle peut être faite en « préventif » au cas où la mère aurait besoin de tirer son lait entre ses deux visites. C’est parfois une vraie nécessité car les seins sont devenus tellement durs que le bébé a du mal à téter ou la mère souffre trop. En service cela donnerait lieu à un prêt de quelques heures mais une fois à domicile cela donne lieu à une ordonnance.

Avoir un tire-lait hospitalier chez soi dans le cadre d’une sortie précoce c’est un peu bénéficier du même matériel qu’à l’hôpital.

Bien souvent, les mères qui ont connu cette situation gardent le tire-lait même après avoir résolu l’engorgement. Cela  rassure certaines de l’avoir à portée de main au cas où les seins s’engorgeraient de nouveau. D’autres ont apprécié l’expérience et souhaitent l’utiliser pour d’autres motifs non pathologiques.

Une des raisons courantes est de pouvoir donner son lait au biberon.

Le biberon comme norme sociale

La France n’a pas de réelle culture de l’allaitement, la norme française en dépit des recommandations d’allaitement reste le biberon. Comme nous l’avons vu, les taux d’initiation d’allaitement sont faibles en France. A peine plus de 60%, alors que dans la plupart des pays ce taux est autour de 80% aussi bien dans les pays en voie de développement que dans d’autres pays développés :  99% en Norvège ; 97% en Suède ; 94% en Suisse; 90% au Canada;  88% en Roumanie…

Dans l’inconscient collectif français il y a une réelle suspicion sur le lait maternel. Malgré les recommandations d’allaitement exclusif et les études mettant en avant les qualités nutritionnelles du lait maternel, la crainte du lait « pas assez nourrissant » perdure.

Il est vrai qu’historiquement le phénomène des nourrices a fait des ravages : les taux de mortalité étaient énormes et l’apparition du lait pasteurisé donné au biberon stérilisé a permis de sauver des bébés.

Par ailleurs, les sociétés occidentales font des seins des objets sexuels. Les seins apparaissent aux yeux des femmes comme un atout de séduction et de féminité et pas tellement comme un attribut de la maternité. Certaines femmes peuvent de ce fait ne pas vouloir mettre leur enfant au sein et préférer tirer leur lait. Cela peut aussi  occasionner une gêne à  allaiter en public de peur de « montrer ses seins ». Le tire-lait peut donc pour ces femmes permettre d’allaiter au sein à la maison et donner leur lait au biberon à l’extérieur.

A cela s’ajoute que peu de femmes allaitent au-delà de quelques semaines. En France, la durée médiane de l’allaitement se situerait autour de 10 semaines (rapport Turck). Il est donc beaucoup plus fréquent de croiser dans la rue ou dans son entourage des mères qui donnent le biberon plutôt que le sein.

Dans la société française, la norme est de nourrir les bébés au biberon. D’un point de vue social, il est très difficile d’appartenir à une minorité et d’être « hors norme ». Une femme qui allaite peut être tentée d’utiliser un tire-lait dans le but de nourrir son enfant au biberon et se sentir, comme les autres femmes : « dans la norme ».

«La dissonance cognitive » : Recommandations officielles / Reprise du travail/ Image de la femme

L’OMS, le PNNS et les études sur l’allaitement insistent sur les « bienfaits » du lait maternel. La recommandation de « 6 mois exclusifs » fait petit à petit son chemin dans la société française.  Le discours est entendu par les professionnels et par les mères.

La France est signataire du code de commercialisation des substituts du lait maternel.

Les industriels sont obligés de mentionner sur leurs boites de lait en poudre la supériorité du lait maternel. (Art 9 du code de commercialisation des substitue du lait maternel. Arrêté du 11 janvier 1994 modifiant l’arrêté du 1er juillet 1976)

De nombreux livres sur l’allaitement sortent en librairie. Des auteurs reconnus comme Marie Thirion, Edwige Antier, Claude Didierjean Jouveau … diffusent l’importance de l’allaitement maternel pour la santé des bébés et des mères.

Les mères souhaitant le meilleur pour leur bébé veulent pour une très large majorité que leur bébé bénéficie de ce « meilleur lait ». Les professionnels ayant à cœur leur mission de santé et leur devoir d’information parlent aux mères des « bénéfices » de l’allaitement. A tel point que certaines mères disent avoir ressenti une pression pour allaiter.

Oui mais voilà, dans un même temps, le congé maternité post natal français est de 10 à 18 semaines (selon le nombre d’enfants) et 22 semaines en cas de naissances multiples. Certes, il est possible d’allonger un peu cette période de 3 semaines maximum en reportant une partie du congé prénatal sur le congé post-natal mais aucune disposition spéciale n’est prévue pour les mères qui allaitent. Les femmes sont donc pour la plupart contraintes de reprendre le travail alors que leur enfant a entre 2 mois et demi et 4 mois et demi. Les femmes autoentrepreneur, professions libérales, commerçantes, ne bénéficient pas des mêmes « avantages » et sont souvent amenées à reprendre encore plus rapidement leur activité.

La seule disposition du code du travail qui aide les mères allaitantes au moment de la reprise travail concerne une pause d’une heure pour allaiter son bébé ou tirer son lait. Cette pause est non rémunérée, ce qui représente une perte de salaire (à laquelle pourrait s’ajouter des frais liés à la location d’un tire-lait si la Sécurité sociale change ses dispositions de remboursement). Le « congé » parental est une option mais qui ne comble pas la perte de revenus engendrée par l’arrêt ou la diminution de l’activité (390€ mensuel maximum).

Dans une société où les femmes recherchent à avoir une autonomie financière et une réussite professionnelle égale aux hommes, l’option « mère au foyer » est rarement choisie. D’ailleurs, être « mère au foyer » n’est pas du tout valorisée sociologiquement. Envisager une pause rallongée pour élever (et allaiter) ses enfants est même souvent un handicap dans le déroulement d’une carrière.

Certains courants féministes voient même dans  l’allaitement un asservissement de la femme l’empêchant d’être à l’égal de l’homme et les politiques de soutien à l’allaitement comme une injonction maternaliste. Le livre de Mme Badenter « Le conflit : La femme et la mère » illustre bien ce courant et son titre a le mérite de mettre en avant le dilemme dans lequel se trouvent une majorité de femmes françaises.

On pourra schématiser et réduire ainsi :

  • « Si je veux être une bonne mère et donner le meilleur lait à mon bébé, je dois allaiter».
  • « Si je veux être une femme « moderne » je dois avoir une carrière professionnelle et être indépendante » « Je dois avoir une vie de femme et ne pas être « esclave » de mon bébé ».

Il en résulte là une véritable dissonance cognitive.

En psychologie, on parle de dissonance cognitive quand l’existence simultanée d’éléments de connaissances discordants créent un certain déséquilibre interne.

Face à une dissonance cognitive, la personne cherche à réduire l’état perturbateur et organise sa pensée de façon à retrouver une cohérence entre les connaissances dont elle dispose et son comportement. Notre besoin de conserver une image de nous-même qui soit favorable et cohérente nous pousse à adopter des attitudes qui justifient nos actions.

Les stratégies pour réduire la dissonance peuvent prendre plusieurs formes :

Il est possible de changer sa façon de penser de façon à ce que les croyances s’alignent aux actions ou de créer un système d’évitement ou d’interprétation des données.

Par exemple une mère peut se convaincre que le lait en poudre est aussi bon que le lait maternel, puisqu’elle connait des enfants non allaités qui sont en pleine forme. Elle peut ainsi nourrir son bébé au lait en poudre sans ressentir trop de culpabilité.

Mais il est aussi possible de changer de comportement de façon à le faire concorder aux données scientifiques ou à ses croyances personnelles.

Typiquement, tirer sont lait est un moyen de réduire la dissonance cognitive.

En tirant son lait plutôt qu’en donnant le sein, les femmes changent leur comportement et le font concorder aux données scientifiques ou à leurs croyances personnelles. En donnant leur propre lait au biberon, elles ont la satisfaction de faire bénéficier des avantages de leur lait mais ont le sentiment d’être des femmes libres, indépendantes et dans un couple « moderne » .

En effet,  l’image de la femme évolue mais celle de l’homme et du couple aussi. Les pères prennent de plus en plus leur part dans les soins et l’éducation des enfants. C’est donc assez naturellement que certains papas revendiquent de pouvoir donner le biberon.  La société française valorise les couples « modernes » capables de faire un partage des tâches équitable. L’allaitement au sein ne pouvant bien évidement pas être réparti entre le père et la mère, le tire-lait est une option choisie par certains couples.

Le maternage distal occidental

Etre « trop fusionnel » avec son enfant : Une crainte très rependue chez les mères françaises qui allaitent.

L’allaitement, il est vrai, demande une grande disponibilité de la mère et une grande proximité. Allaiter son bébé à la demande est l’un des premiers gages de réussite de l’allaitement dans le temps. Mais dans une société qui a perdu sa culture de l’allaitement et qui valorise une séparation précoce de la mère et de l’enfant, il est difficile de concevoir qu’un bébé puisse rester dans les bras de sa mère ou au sein 24h sur 24.

Transat, babyphone, lit à barreau, veilleuse, tétine, mobile animé… La plupart des articles de puériculture indiquent implicitement qu’un bébé doit pouvoir dormir seul et patienter seul. La « palme » dans ce domaine revient au doudou qui peut reproduire le son du battement du cœur et sur lequel la mère peut enregistrer sa propre voix !

Quand un bébé manifeste son besoin naturel d’être constamment porté, bercé ou au sein de sa mère, les mères françaises voient ce comportement naturel comme un problème.

Pourtant il s’agit d’un besoin de base des bébés et dans beaucoup de cultures les bébés sont constamment dans des systèmes de portage, portés par leur mère ou un tiers. Les bébés ne dorment pas seuls et tètent sans limite.

Le « continuum concept » tel que décrit par Jean Liedloff en Amazonie peut paraître difficilement transposable dans la société française. Les femmes françaises revendiquant d’élever leur enfant dans un maternage proximale restent minoritaires et subissent régulièrement des critiques. Les plus fréquentes sont celles de rendre l’enfant dépendant ou capricieux. Certaines se verront reprocher d’exclure le père.

Aucune étude ne valide ces mythes, bien au contraire, et pourtant, dans l’imaginaire collectif ces craintes perdurent.

Soucieuses de bien faire, des mères peuvent louer un tire-lait pour pouvoir « habituer » le bébé à prendre le biberon. Cela permet de prouver à son entourage et à elle-même qu’elle n’est pas si fusionnelle avec son bébé et qu’une alternative au sein est possible sans avoir à sevrer son bébé.

Tirer son lait dans ces conditions, c’est avoir la sensation de rompre la dépendance maman/bébé sociologiquement mal vue en France tout en continuant de donner son lait.

Les réseaux sociaux et internet

Les réseaux sociaux et internet prennent une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne des français. C’est un réflexe assez courant chez une mère allaitante d’aller chercher de l’information sur l’allaitement via des sites associatifs, des sites de spécialistes, des blogs, des forums. Les mères échangent entre elles sur les réseaux sociaux. Toutes les raisons invoquées ci-dessus s’y retrouvent et sont débattues. Un nouveau type de  transmission de femme à femme se développe  sur le net et les femmes échangent entre elles leurs solutions et leurs expériences. Le tire-lait est une solution répandue qui s’échange et se transmet de femme à femme.

Elles échangent leurs avis sur les marques et les modèles de tire-lait, recommandent tel ou tel prestataire.

La possibilité offerte par la Sécurité sociale de louer un tire-lait est une chance française que les mères apprécient et elles communiquent entre elles à ce sujet. L’information circule à tel point que parfois c’est la mère qui demande une prescription aux professionnels de santé et non l’inverse comme l’on pourrait s’y attendre.

Le capitalisme

Dans une société capitaliste, le tire-lait est un objet de consommation. Il existe une demande des mères et des professionnels et les fabricants y répondent. La concurrence les oblige à se démarquer les uns les autres et à innover.

Historiquement, c’est dans les pharmacies que les mères louaient des tire lait. Les pharmaciens n’ont pas de formation sur la pratique de l’allaitement et la location de tire-lait ne représente pour eux qu’une activité anecdotique. Seules 4 pharmacies en France sont labélisées « Ami des bébés ».

Mais depuis une dizaine d’années, des prestataires spécialisés ont vu le jour : Ils travaillent avec des consultantes en lactation (ce qui est mon cas), proposent des services d’installation et des supports techniques pour aider les mères dans l’utilisation du tire-lait.

Ces prestataires proposent de plus en plus de modèles à la location et parallèlement les fabricants ont amélioré leurs produits. Double pompage, double phases, réglages personnalisables, tailles de téterelles, accessoires…

Les machines ont diminué de volume et gagné en efficacité et en confort. Les mères ne s’y trompent pas et apprécient ces innovations et ces services. Plus une machine répond à ses attentes et plus le service est de qualité, plus la mère sera tentée de prolonger l’expérience.

Ces « mères clientes » satisfaites de leur expérience relayent alors un avis favorable auprès des autres mères de leur entourage ou sur les réseaux sociaux et la demande augmente.

La recherche de l’aliment sain

Le débat sur l’alimentation qui traverse la société française n’épargne pas l’alimentation des bébés. Face à la « malbouffe », l’alimentation « industrielle », les problèmes écologiques et éthiques liés à l’élevage intensif, la société française s’interroge et se remet en question.

Les français s’intéressent de plus en plus à la production bio et locale. Quoi de plus bio et local que le lait maternel ?

Dans cette dynamique-là, même en cas de difficultés ou de reprise du travail, certaines femmes vont se donner beaucoup de mal pour faire en sorte que leur bébé reçoive du lait maternel au sein ou en utilisant un tire lait.

Médicalisation de la naissance et de la maternité

Notre système de santé a  énormément médicalisé la surveillance de la grossesse et la naissance. Les mères passent de façon systématique plusieurs échographies, bilans sanguins, examens complémentaires. Elles accouchent sous monitoring, sont perfusées pendant le travail…

La technique médicale et l’assistance des machines sont utilisées même pour les naissances les plus physiologiques.

Les salles de naissance dites « natures » ou « physiologiques » commencent timidement à voir le jour en France dans certaines maternités remettant en cause cet aspect utra-médicalisé de la naissance. Mais les « maisons de naissances » ou l’accouchement à domicile soulèvent chez les professionnels de santé un vif débat qui prouve que l’opinion publique, une partie des professionnels et les instances officielles tiennent encore à garder un contrôle hospitalier de la maternité.

En 2017, les femmes accouchent donc en très large majorité dans un « bloc d’accouchement », rempli de machines et d’accessoires techniques. Cela laisse à penser aux femmes qu’il est risqué d’accoucher seule sans aide médicale et technique. Que leur corps, même s’il est physiologiquement et génétiquement programmé pour cela, doit être assisté et contrôlé par des machines pour éviter tout risque.

C’est donc une continuité logique après la naissance de ressentir le besoin d’une assistance technique pendant l’allaitement. Comment faire confiance à son corps pour nourrir exclusivement son bébé ? Le corps a besoin d’être surveillé, assisté, contrôlé. Il est difficile de demander à des femmes de passer d’un parcours de soins très contrôlé pour la grossesse et l’accouchement  à un acte complètement naturel et instinctif pour l’allaitement.

Beaucoup de femmes craignent de manquer de lait, doutent de la capacité de leur bébé à réguler seul son appétit : elles veulent observer la quantité de lait, s’assurer qu’elles ont du lait et contrôler les quantités données. Le tire-lait est pour elles une assistance technique qui rassure : elles peuvent prouver à elles-mêmes et aux autres qu’elles produisent du lait en quantité suffisante. Stocker du lait au cas où le lait « viendrait à manquer ».

La robotisation de la société, la machine au service de l’homme

Au-delà même de l’hyper médicalisation de la naissance, il existe un vrai phénomène de société : la robotisation. Toutes les tâches « pénibles » ou « chronophages » sont dès que possible remplacées ou assistées par une machine. La machine se met de plus en plus au service de l’homme. L’allaitement est perçu par certaines femmes comme chronophage et parfois pénible s’il est douloureux ou mal accompagné.

Toutes les tâches autrefois incombées aux femmes trouvent leur assistante technique : lave-vaisselle, aspirateur, machine à laver, robot ménager….

Historiquement c’est le lait en poudre, son processus industriel et sa panoplie d’accessoires qui a permis aux femmes de se « décharger » de la tâche de l’allaitement.

Mais depuis les années 70, les taux d’allaitement se sont améliorés et l’argument santé du lait maternel a trouvé écho chez beaucoup de femmes : désormais, c’est le tire-lait électrique qui donne l’impression aux femmes de pouvoir en partie se décharger d’une tâche qu’elles seules peuvent accomplir.

L’intelligence artificielle vient progressivement s’ajouter à la robotisation : la prochaine étape des tire-lait sera donc des tire-lait connectés à des applications. Des applications sur l’allaitement existent déjà : nombre de tirages, temps, volume de lait : tout cela donne lieu à des statistiques, des courbes et des assistants numériques…

En conclusion…

La composition du lait des femmes du monde entier est relativement proche mais leurs pratiques d’allaitement et de maternage sont très variables.

Silvia Parrat-dayan et ‎Blandine Bril font dans leur ouvrage « Materner : Du premier cri aux premiers pas »( Broché – 13 mars 2008), une approche comparative entre différentes cultures et mettent en évidence que le contexte culturel induit chez les mères des comportements de maternage très spécifiques.

La façon d’allaiter et la conception de l’allaitement sont donc largement influencées et conditionnées par la société :

Pour une femme française, le fait de tirer son lait est un geste complètement banalisé et entré dans les habitudes. La consultante en lactation que je suis, trouve parfois cela un peu triste.

Nous avons tant perdu notre culture de l’allaitement qu’allaiter un enfant au sein « tout simplement » sans aide technique, exclusivement  pendant 6 mois, puis 2 ans en complément de l’alimentation solide est presque un exploit.

Selon l’étude EPIFAN, à 1 mois, 54% des enfants étaient encore allaités. À 6 mois, 23% et à un an seulement 9%.

Pourtant il s’agit simplement  des recommandations de l’OMS ! Cela devrait donc être complètement banal.

Mais en tant que consultante en lactation, je me dois de prendre en compte la dimension sociale de l’allaitement.

Si j’observe le développement du recours au tire-lait comme un fait sociétal, alors je me dis que c’est peut-être un moindre mal dans une société ou les taux d’allaitement sont si faibles. Un timide premier pas vers une société allaitante. Un outil pour parvenir à allaiter dans une société qui laisse peu de place à l’allaitement.

Si le tire-lait permet à ces femmes de vivre sereinement leur allaitement, de se sentir dans la « norme », de se sentir femmes, d’être rassurées…. c’est tout de même positif. Si le tire-lait permet à ces femmes d’allaiter un peu plus longtemps, ne serait-ce que quelques jours de plus…

Alors cela reste au bénéfice de la santé des bébés et de leurs mères, c’est au bénéfice de toute la société dans son ensemble et c’est également au bénéfice de la Sécurité sociale.

L’allaitement représente des économies financières pour les familles, mais aussi pour la Sécurité sociale. La Sécurité sociale a intérêt à ce qu’un maximum de bébés soient allaités et le soient le plus longtemps possible tant les bénéfices à l’échelle de la population sont démontrés.

L’augmentation des remboursements de location de tire-lait devraient moins inquiéter que les taux incroyablement bas d’allaitement exclusif à 6 mois en France. Le coût du non allaitement en France devrait être précisément chiffré. Il représente un poste d’économies possible énorme pour la Sécurité sociale.

L’effort financier de la Sécurité sociale pour le remboursement de la location de tire-lait a du sens en l’absence d’une réelle politique de soutien à l’allaitement en France. C’est à ce jour le seul geste financier envers les familles qui choisissent l’allaitement.

La décision prochaine des nouvelles modalités de remboursement sera, je l’espère, réfléchie et mesurée. Elle pourra sinon avoir des effets délétères :

La filière locative étant soumise aux règles du marché, elle tiendra nécessairement compte de cette nouvelle donne économique. Il est fort probable que les modèles haut de gamme (les plus fiables et efficaces) ne soient plus présents sur le marché de la location de tire-lait. Pour rentrer dans leurs frais, les prestataires n’investiront plus dans ce type de machines et proposeront à la location des machines bas de gamme. Les mères ayant de véritables raisons médicales de louer un tire lait de qualité hospitalière en seraient les premières victimes.

J’espère que la Sécurité sociale continuera de valoriser le lait maternel et permettra aux femmes qui le souhaitent de le faire quel que soit leurs ressources et la durée de leur allaitement.

Peut-être qu’un jour, les congés maternités seront rallongés et les bébés admis sur les lieux de travail. Peut-être que les crèches d’entreprises vont se multiplier.  Peut-être que les professionnels seront mieux formés et faciliteront le démarrage et le maintien de l’allaitement au sein. Peut-être qu’un jour l’allaitement au sein sera considéré comme la norme et que la France sera une société allaitante….

Peut-être qu’alors, quand la France sera une réelle société allaitante, il sera plus facile pour les femmes d’allaiter au sein sans utiliser de tire-lait.

La location de tire-lait hospitalier se limitera alors à sa fonction de dispositif médical permettant le maintien de l’allaitement dans les situations pathologiques.

Il y a 14 commentaires pour cet article
  1. Delphine 31/03/2018 15 h 04 min

    Bon, j’avoue, je n’ai pas lu l’article jusque bout, mais j’ai cru comprendre que l’utilusation grandissante du tire lait vous exasperait un peu … je voudrais donc faire deux remarques : j’ai allaité mes 3 enfants entre 6 et 9 mois..j’allais régulièrement à Materlait pour d’abord y recevoir des conseils , puis en donner…on m’a sollicitée pour faire des dons au lactarium et on m’a donc prêté un tire lait…lorsque je tirais mon lait, j’avais horreur de ça, ça me faisait mal…mais je le faisais au départ pour faire un acte altruiste…puis, j’ai tiré mon lait pour en avoir un peu…au cas où…une panne de voiture, un imprévu et le papa est en panique…tirer un peu de lait est rassurant et permet aussi de prendre un peu de temps pour soi…tout est question de dosage…

    • Maeva, consultante IBCLC 03/04/2018 10 h 30 min

      Bonjour Delphine,

      C est bien dommage que vous n’ayez pas lu l’article en entier car nous sommes tout à fait du même avis.
      Les motifs qui vous ont poussé à tirer votre lait son bien des motifs sociétaux et non pathologiques. Votre témoignage va tout à fait dans le sens du propos de l’article: vous avez eu besoin d’aide d’une association car l’aide apportée par la maternité n’était pas suffisante. Vous avez pu grâce à cela bénéficier et faire bénéficier d’une transmission de mère à mère et visiblement cela a été une réussite puisque vous avez allaité bien plus que la plupart des mères françaises. Vous avez ressenti le besoin d’avoir un peu de lait d’avance pour vous rassurer et avoir du temps pour vous : ces raisons sont très souvent citées chez les femmes françaises qui allaitent. Le recours fréquent au tire-lait est un fait sociétal qui ne m’exaspère pas : je le constate seulement et tente d’en expliquer les raisons par une approche culturelle.
      En revanche, ce phénomène déplaît à la Sécurité sociale. Elle cherche actuellement à réduire ce poste de dépense.
      Ce qui m’exaspère à titre personnel est en conclusion de l article : En France, aucune politique de soutien à l’allaitement est mis en oeuvre et financé. Le tire-lait est la seule aide financière pour les mères qui allaitent et c’est bien trop peu. Bravo pour vos beaux allaitements et votre implication avec Materlait. Grâce à des mamans comme vous, petit à petit les choses pourront changer.

      Merci pour votre beau témoignage.

  2. Adeline 31/03/2018 17 h 09 min

    Dans les situations pathologiques.. ou lorsque tout va bien mais qu’on a repris le travail !!
    J’ai allaité 9 + 12 mois, j’ai donc du utiliser 1 tire-lait électrique 6 mois puis 9 mois. L’éventuelle baisse de prise en charge SS de location d’1 TL est une mauvaise nouvelle (et j’imagine que les mutuelles vont leur emboîter le pas…) mais s’il y a un BB3 je préfèrerai encore « consommer » un tire-lait plutôt que 50€ de lait artificiel tous les mois..
    Et faisant toujours un peu d’heures sup’, les 20mn de mon tirage quotidien étaient vite absorbées..
    Mais il est vrai que je bénéficie d’un environnement de travail tout à fait favorisant..!

    • Maeva, consultante IBCLC 03/04/2018 10 h 34 min

      Bonjour Adeline, merci pour votre témoignage qui valide encore une fois qu’il est possible de concilier travail et allaitement. La reprise du travail est effectivement un motif non pathologique que j’ai évoqué dans l’article : c’est une cause fréquente de location de tire-lait. Vous avez raison de rappeler le prix du lait en poudre. Nous espérons que la Sécurité sociale vous entendra car acheter un tire-lait ou du lait en poudre sera, quelque soit leur choix, à la défaveur des mères les plus modestes.

  3. Ness 02/04/2018 11 h 15 min

    Un article qui donne vraiment à réfléchir sur les pratiques hospitalières un peu systématiques, et le discours qui les accompagne.
    Merci Julie 😘

  4. Delphine 02/04/2018 20 h 54 min

    Bravo et merci pour cet article ! J’ai allaité mon premier enfant pendant 15 mois, tout en travaillant et j’ai d’abord utilisé le tire-lait… pour mes dons au lactarium. J’ai poursuivi pour la crèche : ma fille de 4 mois 1/2 était le seul bébé à ne pas recevoir les biberons de lait en poudre. Bien heureuse que l’acceptation de mon lait soit une obligation pour les structures d’accueil petite enfance de mon secteur, je n’ai pas eu à batailler à ce niveau. Mais que de lait jeté ! J’allaite actuellement mon second bébé, âgé de 4 mois, et je tire toujours mon lait pour le lactarium. Il se trouve que mon fils a été admis à l’hôpital hier pour une surveillance de 24h. Il était le seul bébé sur place à être en allaitement exclusif. :-/ Et visiblement ce n’était pas une situation courante pour le personnel médical -très aimable au demeurant : on m’a demandé 2 fois s’il était « diversifié ». A quatre mois! J’ai eu très envie de répondre « OMS »… 😉 Dernière anecdote : comme je n’avais pas mon Ameda préféré avec moi, j’ai demandé un tire-lait (toujours pour donner mon surplus au lactarium). Une auxiliaire puéricultrice m’a alors apporté une téterelle au bout d’un tuyau qu’elle a relié à une prise murale (un système de circulation d’air) : quelle horreur! Il fallait « pomper » en bouchant une ouverture avec le doigt et en retirant ledit doigt successivement. J’ai tiré 60ml au lieu de 150ml. Comme je le disais au papa, il y avait là de quoi décourager les meilleures laitières! J’étais dans une unité mère enfant d’un CHU de province. Histoire de cumuler les façons de faire « hors-norme », j’ai accouché 2 fois à la maison ! Tout ça grâce au travail de femmes et d’expertes comme vous, Véronique, ou Marie-Hélène Lahaye. Je suis persuadée que la diffusion des savoirs donne confiance, et permet des expériences réussies. Bref, merci !

    • Maeva, consultante IBCLC 03/04/2018 10 h 39 min

      Bonjour Delphine, merci pour votre témoignage très représentatif. Vous montrez bien a quel point le déficit de formation de certains professionnels de santé peut être nuisible. Il est choquant qu’en 2018 des services hospitaliers de pédiatrie proposent encore aux mères de tirer leur lait brancher sur du vide hospitalier. C’est douloureux…et peu efficace comme vous le dites !
      Bravo pour vos dons au lactarium : c’est très précieux pour les prématurés et les lactariums sont souvent en pénurie !

  5. Soelie 03/04/2018 12 h 46 min

    MERCI pour cette belle vue d’ensemble. J’ai utilisé un tire lait a la reprise du travail, des 7 mois aux 12 mois de mon petit dernier. Etant a mi-temps, avec des conditions favorisantes ( je travaille seule et à mon compte), c’etait plus facile… Il tete encore, mais je ne tire plus depuis ses 1 ans. Mais honnetement, j’aurais pu tirer manuellement ! Le tire lait c’est pratique car je peux faire autre chose en meme temps. Mais a la main, je pensais plus a mon bébé… ca marche mieux pour moi. Je pense que toutes les meres allaitantes devraient savoir exprimer manuellement. Encore merci pour l’article, que j’ai partagé.

    • Maeva, consultante IBCLC 03/04/2018 18 h 16 min

      Merci Soelie pour votre partage. Effectivement certaines femmes sont très efficaces en expression manuelle, d’autres plus à l’aise avec un tire-lait. Vous avez raison quand vous dite que toutes les femmes devraient savoir exprimer leur lait manuellement….et d’ailleurs c’est dans la volonté de l’IHAB (Initiative Hôpitaux amis des bébés). Malheureusement, peu de maternités françaises sont labellisées et le geste n’est pas appris aux femmes de façon systématique. Là encore, on rejoint la transmission des savoirs et l’aspect culturel de l’allaitement : dans les peuples qui n’ont pas accès au tire-lait, c’est un geste qui se transmet de femme à femme très spontanément et qui est tout à fait efficace. En France, c’est un geste qui dérange certaines femmes quand elles sont peu à l’aise avec leur corps. C’est donc à chacune de voir quel technique lui convient le mieux selon le moment…. expression manuel, tire-lait manuel, tire-lait électrique simple ou double.
      Parfois, c’est la combinaison de plusieurs techniques qui peut même donner les meilleurs résultats comme en témoigne les travaux du Dr Morton que l’on retrouve sur le site de Stanford University.

      • mysouris 18/05/2018 22 h 22 min

        J’ai appris à la maternité (labélisé IHAB) à exprimer mon lait à la main. Mais à part quand je suis engorgée (ce qui m’arrive très rarement) j’en suis incapable.

        • Maeva, consultante IBCLC 18/05/2018 22 h 30 min

          Merci pour votre témoignage qui montre votre persévérance. Si vous avez un jour un troisième, il est effectivement tout à fait possible de ne pas avoir recours à un tire-lait si c’est votre souhait 😉

  6. Pita 16/04/2018 10 h 33 min

    Je trouve votre article très bien construit car il aborde tous les points importants selon moi. J’avais peur qu’il ne soit qu’un article de plus, où les notions ne sont que  »jetées » et pas développées, j’ai bien fait de lire jusqu’au bout (ce que ne font visiblement pas les gens qui postent des commentaires négatifs sur Facebook…mais passons !)
    Infirmière de profession, aucun cours sur l’allaitement pendant les études et déjà je le déplorais. Quand j’étais enceinte, je ne voulais pas me mettre la pression et disais donc  »j’aimerais allaiter, si j’y arrive.. », puis j’ai accouché de mon fils prématurément par une césarienne en urgence (pré -eclampsie sévère), et je me suis battue pour pouvoir l’allaiter. Hospitalisée une nuit en surveillance en réa, j’ai déjà commencé au petit matin à demander mon ordonnance de tire-lait, que j’ai eue. Mais j’ai utilisé finalement celle faite par le pédiatre de néonat, car plus complète avec la  »rolls royce » du TL. En retour de réa, je suis restée une semaine dans un service où il n’y avait pas de sage-femme, que des infirmières peu formées à l’allaitement et à l’utilisation de tire-lait. Alors j’ai pleuré, beaucoup pleuré de ces débuts difficiles. Nous étions plusieurs mamans à nous croiser quand nous déposions nos  »nourettes » de lait dans le frigo. J’ai par contre reçu beaucoup d’aide et d’informations via les puéricultrices de néonat… Et bien évidemment mes amies déjà mamans. Après deux mois de mise au sein et complément biberon(de lait maternel hein!) mon fils a su prendre le sein et n’avait plus que ça pour se nourrir jusqu’à ma reprise du travail où le TL a été mon meilleur ami pour éviter les engorgements. Au final, bébé allaité jusqu’à 13mois, sevré car il ne voulait plus du sein, ni même du bibi (pas le  »temps » de boire le bib, faut toujours qu’il bouge partout.). En complément de ça, bébé a été très longtemps porté en écharpe et mis en peau à peau. Aujourd’hui il devient autonome progressivement et je n’ai pas l’impression de l’avoir rendu  »caprixieux »…
    Je commence à me renseigner pour devenir éventuellement conseillère en lactation, car j’ai trouvé que ça manquait cruellement dans le milieu médical, et si je n’avais pas été soutenue par mes amies et mes proches mon allaitement n’aurait pas été aussi porteur de bonheur et de bons moments…
    Merci pour cet article !

    • Maeva, consultante IBCLC 16/04/2018 13 h 37 min

      Bravo pour votre persévérance dans votre allaitement qui a été compliqué à cause de la prématurité ! Merci d’avoir pris le temps de lire jusqu’a à la fin : effectivement certaines personnes répondent sans lire la totalité de l’article et sur-réagissent à la problématique de l’introduction.
      Votre témoignage de professionnelle confirme ce que je déplore : un manque de formation des professionnels de santé dans le domaine de l’allaitement. Si vous en avez l’occasion n’hésitez pas à vous former : plusieurs organismes de formations propose des formations en interne ou en externe. Si vous êtes salarié cela peut être pris en charge par votre employeur. En tant qu’Infirmière vous pouvez passer le DIU de lactation humaine ou la certification IBCLC si vous remplissez les pré-requis.

  7. mysouris 18/05/2018 22 h 18 min

    Je me retrouve bien dans la dernière partie de l’article.

    J’ai allaité 14 mois ma fille : à 4 mois lors de ma reprise en congé parental partiel (travaillant 2j/semaine), j’ai eu besoin de tirer mon lait pour nourrir ma fille à la crèche (je venais sur place le midi, mais ça ne suffit pas à 4mois…). J’ai détesté cette machine, je tirais si peu que j’étais toujours en train de l’utiliser pour avoir la bonne quantité de lait pour la crèche… J’ai arrêté au 9mois de ma fille pour 2 raisons : je tirais de moins en moins et donc n’avais plus assez, et la salle qui m’avait été attribué pour ça au boulot devait servir à autre chose, je devais la rendre…Apparemment je l’avais eu « assez longtemps ». Ma fille a donc eu des yaourts à la crèche à la place de mon lait à partir de ses 9 mois. Je venais toujours le midi pour l’allaiter sur place.

    A présent, pour mon fils de 3mois, qui est entré à la crèche à 2.5 mois, j’ai à nouveau besoin de cette machine (dans les mêmes conditions de travail). La seule chose, c’est que je ne me mets plus la pression. Je ne tire mon lait qu’au boulot pour entretenir la lactation et cela suffit à ce dont il a besoin pour la crèche. Il mange peu à la crèche (à peine 20/30ml en général par prise), mais il se rattrape la nuit. Je ne m’en fais plus autant qu’à mon premier allaitement. Je sais que je peux l’allaiter au moins 14mois.

    J’espère de tout cœur que si j’ai un jour un 3ème enfant je n’ai plus besoin de cette machine.

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