Le manque de lait, un mythe ou une réalité

Est-ce que j’ai assez de lait ? Je n’ai plus de lait ! Mon lait n’est pas suffisant !

Je rencontre beaucoup de femmes qui ont une peur viscérale de « manquer de lait ». C’est d’ailleurs l’une des principales causes d’arrêt précoce de l’allaitement. Et nombre de femmes sont convaincues d’avoir été contraintes d’arrêter car « elles n’avaient pas assez de lait ».

Pourtant si l’on prend du recul, on constate que le « manque de lait » ne fait pas peur à toutes les femmes du monde ! Dans les pays où l’allaitement est la norme, les femmes semblent avoir assez de lait. Les durée d’allaitement ne sont pas impactées par le fameux « manque de lait » qui touche tant de Françaises ?!

Bizarrement, c’est dans les pays où le lait industriel est largement utilisé et considéré comme un mode d’alimentation normal, que les femmes ont peur manquer de lait. Et si le manque de lait était un mythe socialement construit ?

Dans l’immense majorité des cas, le « manque de lait » est simplement le fruit d’un ressenti et de la méconnaissance du déroulement physiologique de l’allaitement.

Quand le « manque de lait » est une fausse perception

Les deux ou trois premiers jours, les bébés reçoivent du colostrum en toute petite quantité. Les seins sont souples et on entend peu les bébés déglutir. Les mères s’inquiètent souvent et craignent que leur bébé ait faim. On peut comprendre cette crainte. Les flacons des biberons fournis par les industriels aux maternités font 60 ml ! Cette dose est énorme au regard de la taille de l’estomac d’un nouveau-né. Elle ne correspond pas à ses besoins.

Dès la maternité, le doute s’installe chez les mères. L’estomac étant relativement extensible, certains nouveau nés sont capables dès les premiers jours de boire 40 ml sans tenir compte de leur satiété et grâce au débit rapide du biberon!

Ce moment de l’allaitement se passe généralement à la maternité. Si le personnel est correctement formé, notamment s’il s’agit d’une maternité labellisée « amie des bébés » , il rassurera la mère et surveillera simplement l’évolution de la montée de lait.

La montée de lait  débute à la maternité. Elle dure environ 2 semaines. De nombreuses femmes ressentent une tension mammaire liée aux changements physiologiques en cours et à l’augmentation rapide du volume de lait. Par ailleurs, le nouveau-né boit encore de petits volumes de lait (environ 30 à 60 ml par tétée selon son poids, son efficacité et son nombre de tétée).

A ce stade de l’allaitement, les mères sont généralement satisfaites et rassurées de sentir leurs « seins pleins » et de constater que leur bébé déglutit plus.

Or la lactation se régule naturellement dans le temps, elle s’adapte au besoin du bébé. Et quand tout va bien, bébé devient de plus en plus efficace au sein. Il draine bien les seins lors des tétées.

Par conséquent, quand l’allaitement est bien installé, les seins sont souples entre les tétées. Des seins souples ne sont pas un signe de « manque de lait ». En cas de doute, et pour être assuré que bébé reçoit assez de lait, l’abondance des selles et des urines et la prise de poids sont bien plus fiables.

Les laboratoires de lait proposent des tableaux  pour déterminer les quantités de lait avec des nombres de repas qui diminuent et des quantités de lait qui augmentent.

 

Âge du bébé Nombre de biberons / quantité de lait

De la naissance à un mois (1er mois)

6 biberons de 90 mL & 3 mesures de lait
De un à deux mois (2ème mois) 6 biberons de 120 mL & 4 mesures de lait
De deux à trois mois (3ème mois) 5 biberons de 150 mL & 5 mesures de lait
De trois à quatre mois (4ème mois) 4 biberons de 180 mL & 6 mesures de lait

De quatre à six mois

4 biberons de 210 mL & 7 mesures de lait

 

https://www.urps5962ml.fr/regle-dappert/

Les doses sont calculées précisément. Elles donnent aux mères la sensation de parfaitement contrôler l’alimentation de leur bébé.

Or un bébé exclusivement allaité tète 8 à 18 fois par 24h, quel que soit son âge. Il peut y avoir un nombre de tétées variable selon les jours et un rythme aléatoire. Concrètement cela veut dire qu’un bébé peut très bien réclamer toutes les deux heures jours et nuits, ou bien réclamer toutes les demi/heures le soir pour dormir ensuite 5h la nuit…  Cela ne nécessite aucun « calcul scientifique », seulement de faire confiance à l’appétit de son bébé et d’accepter de l’allaiter à la demande sans aucune restriction.

C’est humain, chaque mère cherche des repères auprès des autres mères et compare son bébé à ceux de son entourage. Dans une société majoritairement nourrie au biberon, le repère est devenu le biberon. De nombreuses femme s’attendent donc à nourrir aux seins sur le même rythme et aux mêmes quantités qu’au biberon. Aussi, si leur bébé réclame plus de 6 fois par jours, elles interprètent cette demande fréquente comme de la « faim ».

Le raccourci est vite fait : « mon bébé réclame tout le temps » =  «  il a tout le temps faim »  = «  je manque de lait ».

Le plus désolant pour moi en tant que consultante en lactation, est de constater que même des pédiatres font parfois ce raccourci. Ils conseillent aux mères de réduire le nombre de tétées et fixent un nombre de tétées calqué sur le nombre de biberon. Dans une société qui ne forme pas les professionnels de santé à l’allaitement, on peut vraiment dire que le « manque de lait » est un mythe socialement construit.

Ainsi, beaucoup de mères vont d’elles-mêmes ou sur les conseils d’un professionnel de santé chercher à réduire le nombre de tétées. Parfois avec 6 tétées par 24h, l’allaitement exclusif peut être suffisant mais c’est assez rare.

En dessous de 6 tétées, peu d’enfants arrivent à se nourrir suffisamment et leur prise de poids est ralentie. En dessous de 6 tétées, peu de mères arrivent à maintenir une lactation suffisante. La lactation baisse par manque de stimulation. Et à cause d’un manque de stimulation le manque de lait devient alors réel…

Quand le manque de lait est « secondaire »

Si l’on résume la physiologie de la lactation : plus le bébé tète, plus la mère produit de lait.

Aussi toute tentative de « réguler » le bébé en imposant une limite de temps entre deux tétées peut faire ralentir la production de lait et entraîner une insuffisance de lait. Qu’il s’agisse de proposer une tétine ou de donner des biberons de compléments non justifiés médicalement.

Par ailleurs, si le bébé n’est pas bien positionné, s’il ne prend pas bien le sein en bouche, si sa succion n’est pas efficace, si des bouts de seins l’empêchent d’être efficace, si on lui impose de prendre un seul sein par tétée ou si on lui limite le temps des tétée… alors les seins ne seront pas suffisamment drainés.  A moyen terme, la production de lait ralentit et il est possible de « manquer de lait ».

Heureusement, ce « manque de lait » est réversible et passager. En stimulant davantage les seins, la production augmente à nouveau.

N’hésitez pas à prendre rendez-vous avec une consultante en lactation pour faire le point complet et précis  sur votre allaitement et relancer la lactation. Il existe un annuaire par département ou les consultantes en lactation sont référencées. Certaines maternités proposent également des consultations avec des consultantes en lactation de leur équipe.

Le vrai « manque de lait »

Dans des rares cas, une mère peut réellement manquer de lait. Il y a alors toujours une cause anatomique, chirurgicale ou médicale -hypoplasie mammaire, chirurgie réductrice des seins, syndrome de sheehan, trouble de la thyroïde, rétention placentaire…

Selon les cas, l’allaitement sera possible grâce au traitement. C’est le cas pour le traitement de la thyroïde ou après traitement chirurgical d’une rétention placentaire.

Parfois c’est irréversible, la mère ne pourra pas produire de lait ou sera contrainte d’allaiter avec des compléments. C’est le cas des femmes souffrant d’hypoplasie mammaire ou de certaines chirurgies réductrice des seins

Quel que soit la cause du manque de lait, il est possible d’allaiter partiellement. Un dispositif d’aide à l’allaitement permet de compléter votre allaitement au sein avec du lait en poudre. Quelle que soit la méthode utilisée pour compléter votre bébé partiellement allaité, il est important de préserver sa succion au sein et de stimuler votre lactation au maximum de ses capacités même si elles sont réduites. N’hésitez pas à vous faire accompagner par une consultante en lactation dans cet allaitement un peu particulier.

 

 

 

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