L’allaitement maternel impacte nos gênes

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Alors que le thème de la SMAM 2018 proposé par la WABA est « l’allaitement maternel, racine de vie » j’ai eu envie de vous parler de ce qui, au regard des connaissances actuelles, sont notre véritable « racines » : Nos gênes !

Le génome est l’information génétique que le bébé hérite de ses parents. Le génome humain est constitué seulement de 2% de gènes, soit seulement 20 687, les 98% restants sont constitués d’ADN non-codants ou gènes non-codants.

Comparé à d’autres espèces vivantes comme des plantes nous sommes très « pauvres » en gênes….et pourtant nous sommes des êtres extraordinairement complexes. Cette complexité n’est pas liée au nombre de nos gènes mais dans leur capacité à s’exprimer de très différente selon les individus.

 

Qu’est-ce que l’épigénétique ?

L’hépigénome est ce qui régule la traduction du génome pour chaque cellule du corps. Cette traduction peut être modifiée par des facteurs environnementaux qui ne sont pas encore tous identifiés.

L’épigénétique est l’étude des changements héréditaires dans l’expression des gènes, ayant lieux sans altération de la séquence ADN, il ne s’agit donc pas d’anomalie génétique. Ces changements épigénétiques sont un peu comme des interrupteurs ON/OFF qui agissent sur l’expression des gènes de façon héréditaire.

Une modification est dite épigénétique seulement si ce changement est transmis après mitose ou après méiose (Mitose = division cellulaire ; Meiose= division des cellules germinal).

On peut parler alors d’hérédité épigénétique trans générationnelle. C’est en ce sens que j’y vois un lien avec nos racines, nos ancêtres.

Ces « interrupteurs » ON/OFF ne sont pas fixés définitivement dès la conception. Pendant certaines périodes de la vie, ils sont particulièrement sensibles et modifiables. C’est  le cas lors de la période embryonnaire et pendant la petite enfance. On comprend alors combien l’alimentation que l’on choisit pour les premières années de la vie, et à fortiori pendant les premiers mois peut être un facteur important de modifications épigénétiques.

Les changements dans l’épigénome peuvent influencer la vie et la santé de l’enfant mais également être transmis aux générations futures, parfois sur plusieurs générations. Autrement dit, un même gêne peut s’exprimer différemment selon des facteurs extérieurs : stress, émotions, nutrition…

 

Comment l’allaitement peut influencer l’expression des gènes ?

L’allaitement peut agir sur l’épi génome ce qui expliquerait en partie les différences observées sur la santé des enfants allaités à long terme.

  • Via la composition même du lait maternel

Par exemple, le lait maternel contient de nombreuses bactéries, pré-biotiques et probiotiques qui déterminent le microbiote intestinal des enfants allaités. Or, les bactéries présentes dans l’intestin influencent le l’expression génétique.

De plus les composants spécifiques du lait maternel peuvent eux-mêmes avoir une action sur l’expression des gènes :

Par exemple la lactoferrine peut influencer les troubles immunitaires, la prostaglandine peut influencer le risque d’obésité, les acides gras à longues chaines et le cholestérol peuvent influencer le risque de stéatose non-alcoolique et le risque d’hypercholestérolémie, les oligosaccharides peuvent influencer le risque d’obésité, d’entérocolite nécrosante et les troubles immunitaires.

Le lait maternel contient également beaucoup de cellules souches et au cours de chaque tétée le bébé en ingère des millions ainsi que des taux élevés de micro –arn !

Qu’est-ce que les micro-arn ? « Les microARN (miRNA en anglais), constitués d’une vingtaine de nucléotides, forment une des grandes voies de régulation de l’expression des gènes. Les microARN sont codés par le génome, puis transcris en un précurseur sous forme d’une tige-boucle. Des enzymes interviennent pour cliver l’ARN en un petit fragment simple-brin de 21 à 24 nucléotides de long. Ainsi maturés, les microARN peuvent réguler l’expression des gènes, en s’appariant à des ARN messagers portant une séquence homologue. Ceux-ci sont alors dégradés, ou leur traduction est inhibée. Il a aussi été montré que les microARN peuvent directement méthyler l’ADN afin d’éteindre des gènes »  (source).

Le fait que le lait maternel soit riche en micro-arn ouvre des voies de recherches extraordinaires. La recherche est actuellement en train de mettre en évidence que l’allaitement maternel est un autre moyen que la reproduction sexuelle de transmettre du matériel génétique.

  • Via le geste de l’allaitement

L’acte d’allaitement en lui-même peut influencer l’expression des gènes. La multiplication des contacts peau à peau et des mises aux seins est un facteur de modification de la sécrétion hormonale. Les recherches sur l’impact du peau à peau ont mis en évidence une diminution de la sécrétion des hormones du stress. Or, les hormones sont susceptibles de modifier l’épigénome…

 

Évidement ces découvertes posent de nouvelles questions éthiques :

– Quel impact pour les enfants recevant du lait d’autres mammifères ?

– Quel impact pour les enfants recevant du lait de donneuses ?

C’est en revanche une piste encourageante pour les mères adoptives désirant créer un « lien » génétique via le lait maternel.

Les perspectives de recherche sont énormes, les découvertes à venir risquent d’ouvrir de nouveaux débats !

 

 

Laurel Wilson – L’expression du génome de l’allaitement maternel suite aux études d’épigénétique – JIA-Paris-01-04-16 

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