Le lait maternel ne protège pas !

Le lait maternel ne protège pas

«Effet protecteur du lait maternel» ou «risque du non allaitement» ?

C’est la période des épidémies de gastro-entérites et bronchiolites et beaucoup de bébés allaités ET non allaités vont être touchés.

Il existe un fort consensus scientifique pour dire que l’allaitement maternel «protège» contre les affections respiratoires et digestives. Beaucoup de mamans peuvent donc être déçues, voir s’estimer «trompées» ou douter de leur lait si leur enfant  contracte une de ces maladies.

Tout d’abord, il est important de comprendre que ce qui est vrai à l’échelle d’une population ne l’est pas obligatoirement à l’échelle d’un individu. Statistiquement, les enfants allaités sont moins atteints par les gastro-entérites et les bronchiolites mais «moins» atteint ne veut pas dire «jamais» atteint.

Par ailleurs, beaucoup d’articles de presse ou de livres oublient de préciser qu’en plus d’être moins atteints, les bébés allaités quand ils sont atteints ont moins de complications et nécessitent moins souvent d’être hospitalisés. En d’autres termes, ils se rétablissent plus vite.

Si pour vous les « effets protecteurs » étaient importants dans votre choix d’allaiter, même si votre enfant est malade, n’oubliez pas que vous l’aidez à guérir plus facilement avec votre lait.

Les termes employés

Je dois le dire, je trouve les termes «effets protecteurs du lait maternel» ou «bénéfices du lait maternel» trompeurs vis-à-vis des mères.

Je retrouve beaucoup ces termes dans toutes mes lectures sur le sujet et ces derniers jours encore dans le MOOC allaitement (formation en ligne pour les professionnels de l’allaitement).

Quand un site grand public affirme «il a été prouvé que les bébés nourris au sein présentaient cinq fois moins de risques de contracter une gastro-entérite à rotavirus sévère que les autres. »  pourquoi ne pas écrire … « Il a été prouvé que les bébés non allaités présentaient cinq fois plus de risques de contracter une gastro-entérite à rotavirus sévère que les autres ».

Je pense que  là encore, le choix de nos mots est due au fait que nous ne sommes pas dans une société allaitante.

Notre société considère implicitement que la norme est de nourrir son enfant au biberon et donc que les variations par rapport à la norme s’évaluent par rapport à eux. Ainsi, les bébés qui sont allaités seraient « protégés » ou auraient des « bénéfices » par rapport à la norme des enfants non allaités.

Or, la norme pour l’espèce humaine et mammifère est l’allaitement. Le non allaitement n’est possible que parce que l’homme a su domestiquer des espèces laitières et a suffisamment de connaissances d’hygiène et de nutrition pour rendre l’alimentation avec un autre lait que celui de la mère possible et relativement sécuritaire*.

Considérons maintenant  que la norme pour un bébé est d’être nourri par le lait de sa mère. Si l’on change de point de vue et que l’on intègre les études sous cet angle, alors on considère que ce sont les enfants nourris au biberon avec une préparation pour nourrisson qui courent plus de risques que les enfants en situation « normale » c’est-à-dire les enfants allaités!

Il serait plus honnête de parler des risques du non allaitement plutôt que des bénéfices du lait maternel.

Je sais que cette façon de voir les choses dérange dans notre société actuelle tellement habituée à parler des « bienfaits du lait maternel ». Moi-même j’utilise encore parfois ces termes pour être « politiquement correct ».  Pourtant, si nous avions cette terminologie avec d’autres sujets cela nous paraîtrait bizarre :

La norme est d’accoucher à terme, il nous semble donc logique de parler des « risques de la prématurité » et non des « bénéfices d’une naissance à terme ».

Il est plus habituel d’accoucher par voie basse, il nous semble donc logique de parler des « risques de la césarienne » et non « des bénéfices de la naissance par voie basse ».

La norme est d’être non-fumeur, il nous semble logique de parler des « risque du tabagisme » et non des «  bénéfices d’être non-fumeur ».

Quand il s’agit d’allaitement, j’entends de nombreuses voix s’écrier que parler des « risques du non allaitement » culpabiliserait les mères qui ne souhaitent pas ou n’ont pas réussi à allaiter.

Pourtant, dans tous les choix concernant la santé, les mêmes personnes s’accordent à dire qu’il est important que les mères fassent un choix « libre et éclairé ». Difficile de faire un choix éclairé si les informations données sont déformées ?  Les mots utilisés peuvent avoir une influence sur le choix des parents.

Quand à celles qui n’ont pas pu allaiter alors que c’était leur choix initial, elles auront de toute façon un sentiment d’échec et des regrets, tout comme celles qui accouchent prématurément, subissent une césarienne, ou n’arrivent pas à stopper la cigarette…

Pour ces mères, normalement, tout est fait pour éviter l’accouchement prématuré ou la césarienne, toutes les aides sont proposées pour stopper ou diminuer le tabac … pour les mères qui sont sur le point de baisser les bras pour leur allaitement tout devrait être fait pour les aider à allaiter quel que soit les difficultés rencontrées.

Car oui, les bébés non allaités courent plus de risques en matière de santé que les bébés allaités.

Fort heureusement en France, les « risques » sont en grande partie contrebalancés et minimisés par nos systèmes de santé capables de soigner les infections de nos bébés.

Parlons donc vrai, parlons des « risques du non allaitement ».

(* dans les pays suffisamment riches pour assurer un accès à l’eau potable à tous, garantir la commercialisation de laits sûre et de qualités adapté aux nouveau nés, et éduquer les femmes aux consignes d’hygiènes et de préparation des biberons)

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