La grossesse, l’accouchement et la dépression post partum

La grossesse et l’accouchement sont des moments clefs dans la vie d’une femme. En France, ces temps sont particulièrement accompagnés sur le plan médical et social. Cependant,  le « temps d’après » l’accouchement, appelé « post partum »,  est souvent moins accompagné.  Les femmes y sont rarement préparées. Les récents hashtags #ThisIsPostpartum #MonPostPartum ont eu le mérite de mettre la lumière cette période sensible et très particulière.

 

Les femmes s’expriment sur internet

Les témoignages lus sur internet  sont souvent douloureux. Ils mettent en avant des souffrances vécues dans la solitude qui peuvent même aller jusqu’à la dépression. Grâce aux réseaux sociaux, de plus en plus de femmes témoignent en mots et en images. Elles racontent leur vécu en dénonçant la pression sociale voire le tabou du « post partum ».

 

Redevenir la « femme d’avant » le plus vite possible, le défi impossible

La société, et même certains courants féministes ont tendance à valoriser les mères capables de concilier leur vie de mère et de femme… Autrement dit de travailler, d’être séduisante, d’avoir une vie sociale hors famille le plus rapidement possible après l’arrivée de bébé. Il s’agit de redevenir la « femme d’avant » dès la sortie de la maternité. Or après 9 mois de grossesse et un accouchement, les bouleversements physiques et psychiques sont énormes. Et les femmes ont besoin de temps pour traverser cette période physiologique et émotionnelle bien particulière.

 

Un quatrième trimestre de grossesse ?

J’aime particulièrement les mots utilisés par Ingrid Bayot, sage-femme et formatrice en périnatalité  dans son livre  «le  quatrième trimestre de grossesse » . Sans idéaliser cette période ni la noircir, elle replace le post partum comme une continuité naturelle de la grossesse. Elle en détaille aussi les enjeux et les réalités physiques.

En effet, certaines mères vont garder un très bon souvenir de ces premiers mois de vie avec bébé. D’autres vont avoir un vécu plus douloureux et difficile. Mais toutes vont vivre un grand changement dans leur corps et faire une place dans leur famille à un nouveau bébé.

Un véritable chantier post accouchement !

La grossesse est un processus qui dure 9 mois. Comment imaginer que tout redevienne « comme avant » en seulement quelques jours ?

L’utérus aura mis 9 mois pour multiplier son poids par 20 et sa taille par 40 ! Les ligaments qui soutiennent l’utérus sont également contraints de grandir. Ils doivent supporter le poids du bébé, du liquide amniotique et du placenta. Après l’accouchement, il faudra environ 2 mois pour que sa taille redevienne normale et les ligaments distendus auront du mal à soutenir son poids… Fortement sollicités, les abdominaux et la peau distendue laisseront donc chez de nombreuses femmes un ventre différent d’avant.

Le système cardio-respiratoire, très sollicité pendant la grossesse met 4 à 6 semaines à revenir à la normale. Il est donc naturel de ressentir une sensation de fatigue.

Sous l’effet des hormones de la grossesse, le retour veineux est moins performant. Des varices et des hémorroïdes sont fréquents en fin de grossesses. Ils peuvent perdurer plusieurs mois, voire ne jamais se résorber.

L’hyperlaxité ligamentaire, nécessaire au passage du bébé par le bassin pendant l’accouchement peut perdurer plusieurs mois. Elle peut occasionner des douleurs chez les nouvelles mères. Par ailleurs, les conditions d’accouchement peuvent laisser des séquelles douloureuses pendant des semaines : épisiotomies, utilisation d’instruments (spatules, forceps), coccyx déplacé voir fracturé, distension pelvienne, cicatrice de césarienne…

La grossesse est un bouleversement sur le plan hormonal… et le post partum également. Selon que la mère allaite ou pas, le terrain hormonal peut mettre plusieurs mois à revenir à la normale. Cela entraine des modifications sur le plan physique mais aussi sur le plan émotionnel.

 

Une nouvelle personne dans la famille

L’accouchement est aussi la venue d’un nouveau membre dans la famille. L’arrivée d’un nouveau bébé modifie considérablement la vie du couple. S’il y a déjà des ainées, les places dans la fratrie changent… l’équilibre familial est transformé !

Cela se passe parfois en douceur et comme une évidence, mais chaque membre de la famille peut réagir à sa façon. Un père, un ainé peuvent avoir du mal à trouver leur place. La fusion naturelle maman/bébé peut donner aux autres membres de la famille la sensation d’être « mis à l’écart ». La mère elle-même peut se sentir en difficulté pour donner du temps à chacun de ses enfants.

La mise en place d’un nouvel équilibre familial ne se fait pas en quelques jours. Plusieurs semaines sont souvent nécessaires.

 

Du baby-blues à la dépression post partum

Pour toutes ces raisons, de nombreuses mères se sentent fragilisées. L’énorme changement hormonal après l’accouchement favorise un climat émotionnel très sensible communément appelé « baby-blues ». Il dure une dizaine de jours maximum. Ce terme presque « mignon » cache pourtant parfois une réalité plus difficile et le début d’une dépression post-partum .

Aussi, si vous ressentez une grande tristesse sans véritable raisons, une sensation d’épuisement, des troubles du sommeil, des difficultés à supporter votre bébé et ses pleurs ; le sentiment d’être une mauvaise mère ; si vous vous sentez anxieuse ; si vous n’appréciez plus vos activités habituelles ; que votre appétit change ; que vous vous trouvez en difficulté pour vous occuper de votre bébé… il est important de consulter pour être aidée et ne pas rester seule dans la dépression.  Il est possible de retrouver du plaisir dans la relation avec votre bébé et dans votre vie de femme et de mère.

 

 

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